Deuxième jour d’école… Comme on pouvait s’y attendre, beaucoup moins de pleurs aujourd’hui, les parents sont beaucoup plus calmes qu’hier
La matinée se passe sans trop de heurts : dès leur arrivée, nous avons « étiqueté » les enfants avec des étiquettes autocollantes car les tours de cous que nous leur avons fait la veille s’enlèvent trop facilement et l’on se retrouve avec des enfants sans noms, et qui sont incapables (car trop timides) de dire comment ils s’appellent, même si on le leur demande en kurde…
Les étiquettes collantes, que nous mettons aussi sur les sacs des enfants, sont donc une bonne solution, afin de savoir au moment du repas à qui est quoi, et qui mange le sandwich, ou plus vraisemblablement les chips, de qui !
Grande victoire dès ce deuxième jour : pas trop de repas clandestins avant 11h30 : nous arrivons à empêcher les enfants de piocher dans leurs sacs, uniquement une fois que leurs parents sont partis bien sûr, car lorsque les parents sont là, ce sont eux qui donnent des jus ou du lait parfumé (fraise, chocolat, etc.), voir des chips aux enfants… oui, il est 8h30 ou 9h, et alors ???
De même que la veille, il nous est impossible de manger, d’autant que la venue des architectes qui vont rénover l’école nous prive de Frédéric, pendant que Saleha court après des enfants qui se sont échappés (et avec les travaux, ils le peuvent tout à fait !!!), je suis donc seule avec les 40 maternelles, qui pleurent dans tous les sens, viennent me voir en me regardant droit dans les yeux et me disant tout un tas de choses très intéressantes que je ne comprends absolument pas !!!
En ce deuxième jour, nous décidons d’ouvrir le toboggan en plastique que nous avons acheté ici. Imaginez-vous : tous les élèves se sont rués vers ce paquet bizarre que nous amenions… Leïla et moi-même avons donc réussi l’exploit de monter un toboggan en plastique tout en ayant une soixantaine d’enfants autour de nous !!!
Une fois monté, c’est super, mais il faut gérer !!! car ils veulent bien sûr tous y monter, et bien sûr tous en même temps, et pour expliquer à des petits de
faire la queue, c’est déjà difficile, mais quand – en plus – ils ne parlent pas français, et que vous ne parlez pas leur langue…. Ben……… c’est un métier quoi !
La leçon du jour était donc : apprendre à faire la queue… Il faut savoir qu’ici, l’enfant est roi, surtout pour les familles aisées, or dans cette école, les frais d’inscription étant ce qu’ils sont (2000 $ environ), il y a une bonne partie de l’élite de Souleymanieh ! Nous avons aussi quelques boursiers du gouvernement : des « enfants martyrs » : fils et filles de martyrs à qui le gouvernement à promis de payer les études.
L’un de nos phénomènes s’appelle Azo,
il a
3 ans, et ce serait très certainement un enfant très gentil, si ses parents osaient lui dire des choses parfois… un mot au hasard… « non »
Nos deux premières journées se résument à ça en fait : courir après Azo : Azo est parti dans les travaux et a terminé dans l’école d’à côté, dont la porte
était ouverte, Azo est parti dans la cour, Azo est dans l’herbe où sont entreposés les pots de peinture, Azo est encore dans l’herbe où sont entreposés les pots de peinture, Azo est encore dans
l’herbe où sont entreposés les pots de peinture, Azo est encore dans l’herbe où sont entreposés les pots de peinture… Non, vous ne lisez pas double ou triple, c’est juste que dès qu’on ne le
regarde pas, il s’y enfuit !!!
Il passe son temps à nous tester je crois, et moi, bonne poire, je passe mon temps à lui dire « Azo ! Na ! », « na » voulant bien sûr dire « non » en kurde !
L’autre mot très utile dans cette école, c’est « [ao] », qui signifie « eau »… je poursuis les enfants dans la cour avec mon gobelet et mes bouteilles d’eau (et oui, le « porteur d’eau », c’est moi !!!), tout en ne lâchant pas Azo, bien sûr !!!
Le soir, à nouveau, nous sommes complètement vidés, et nous décidons, au vu des conditions de sécurité, d’hygiène et d’encadrement (il nous manque au moins deux personnes, plus les personnels de ménage et de cantine), de laisser l’école dans l’état où elle est, et de ne pas l’ouvrir le lendemain.
Notre principal problème, c’est que nous ne savons pas du tout dans combien de temps nous pourrons rouvrir… Nous convoquons donc les parents pour le lendemain matin, afin de leur expliquer la situation. Malheureusement, l’information est mal passée (ou plutôt a mal été transmise…) : les parents arrivent le lendemain matin avec leurs enfants !!! Réunion de crise dans l’école donc, et nous ne gardons finalement que les onze enfants que les parents n’ont pas pu garder.
À 10h, nous avions rendez-vous pour les visas, nous nous y rendons donc, et quatre petites heures et demie plus tard, nous voilà tous en possession d’une magnifique carte de résident, valable un an !!! Bien sûr, pour l'obtenir, il nous a fallu tergiverser pendant une heure à un bureau, puis nous rendre à un autre et discuter à nouveau pendant encore une heure, nous disputer avec un autre, bref... Finalement il a fallu que le Consul général de France à Erbil lui-même parle au responsable du bureau où nous étions, puis au ministre de l'intérieur pour qu'enfin notre visa d'un mois se transforme en carte de résident d'un an !
Saleha et Frédéric nous laissent, les enfants et moi, à l’hôtel, après un déjeuner rapide, pour se rendre à l’école où une deuxième réunion est prévue pour les parents qui ne pouvaient pas être présents à 8h.
Lorsque Frédéric revient, deuxième bonne nouvelle de la journée : il a signé pour la maison !!! Ils auront les clefs demain, ce qui signifie, que la vie à l’hôtel est enfin terminée !!!
Fin d'une journée éprouvante, avec le sentiment d'en avoir vécu deux en 24h...

un jardinier pour les abords (